Le raisonnement par récurrence démontre une infinité d'énoncés reliés par le passage d'un entier au suivant. Il ne remplace pas un calcul direct : il organise une transmission logique, comme une rangée de dominos dont on vérifie le premier puis le mécanisme de chute.
La difficulté principale est rédactionnelle. Une initialisation correcte, une hypothèse clairement fixée et une hérédité qui vise exactement la propriété au rang suivant sont indispensables. Quelques valeurs numériques peuvent suggérer le résultat, jamais le prouver pour tous les rangs.
Quand une récurrence est-elle adaptée ?
Famille de propositions
On note une proposition dépendant d'un entier . Une récurrence convient lorsqu'on peut établir , puis déduire de pour un entier k quelconque.
Les situations classiques sont une formule explicite pour une suite définie par récurrence, une inégalité dépendant de n, une somme ou une propriété de divisibilité. Si la propriété ne relie pas naturellement deux rangs successifs, une preuve directe, un calcul algébrique ou un raisonnement par l'absurde peut être plus simple.
Les trois étapes logiques
Principe de récurrence
Si est vraie et si, pour tout entier , la vérité de entraîne celle de , alors est vraie pour tout entier .
- Initialisation : vérifier la propriété au premier rang .
- Hérédité : fixer , supposer vraie et démontrer .
- Conclusion : invoquer le principe et préciser l'ensemble des entiers concernés.
L'hypothèse de récurrence est locale à l'étape d'hérédité. Elle n'est ni un résultat déjà démontré pour tous les entiers ni une permission de supposer directement la conclusion au rang k+1.
Choisir le premier rang et écrire la propriété à transmettre
L’initialisation dépend de l’énoncé, pas d’une habitude
Pour une somme commençant à 1, le premier rang est souvent 1 ; pour une suite définie par son terme initial , on commence souvent à 0. Mais une inégalité peut n'être vraie qu'à partir d'un autre entier. Il faut d'abord vérifier ce que l'on veut démontrer, et non écrire automatiquement « pour n égal à zéro ».
Considérons . Elle est fausse pour , puisque , mais vraie pour . Pour établir le résultat pour tout , on initialise donc à 4. Pour un entier , l'hypothèse donne . Or . Ainsi . Par récurrence, l'inégalité vaut pour tout entier .
Ne pas confondre hypothèse et objectif
Si signifie , l'hypothèse au rang k est , et l'objectif au rang suivant est . Tous les indices doivent avancer d'un rang. Écrire les deux lignes avant les calculs permet de savoir exactement ce que l'on a le droit d'utiliser et ce qui reste à établir.
La lettre k n'a rien de magique : n convient aussi si l'on écrit « fixons un entier n » et si l'on garde le sens de l'implication. L'erreur logique est de supposer la propriété vraie pour tous les entiers, pas de choisir telle ou telle lettre.
Exemple : somme des premiers entiers
On veut prouver, pour tout , que . Au rang 1, les deux membres valent 1. Supposons l'égalité vraie au rang k. Alors :
La dernière expression est précisément la formule attendue lorsque n est remplacé par k+1. L'hérédité est établie, donc l'égalité vaut pour tout entier n supérieur ou égal à 1. Chaque transformation a un rôle : l'hypothèse remplace seulement la somme jusqu'à k.
Prouver une inégalité ou une divisibilité
Faire apparaître l’hypothèse utile
Pour une inégalité, on part souvent du membre au rang k+1 et on isole une expression contrôlée par l'hypothèse au rang k. Il faut surveiller le signe avant de multiplier ou de comparer. Pour une divisibilité, on écrit l'expression au rang k sous la forme , puis on montre que le terme ajouté au rang suivant est encore multiple de d.
Une hérédité peut être vraie alors que l'initialisation est fausse. Dans ce cas, la chaîne ne démarre pas. Inversement, vérifier de nombreux premiers rangs ne compense jamais l'absence de mécanisme général.

Récurrence et suites définies de proche en proche
Lorsque , la récurrence sert à établir un encadrement, un signe ou une monotonie. Pour prouver , on vérifie le premier terme, puis on utilise dans une transformation compatible avec f. Si f est croissante sur l'intervalle concerné, on peut comparer et , mais cette croissance doit être justifiée.
| Objectif | Point de vigilance |
|---|---|
| Formule explicite | obtenir exactement l'expression au rang k+1 |
| Inégalité | préserver le sens des comparaisons |
| Divisibilité | factoriser par le diviseur |
| Encadrement d'une suite | vérifier que la fonction conserve l'intervalle |
Prouver une divisibilité sans utiliser de congruences
Montrons que est divisible par 6 pour tout entier . La preuve ne demande pas le cours d'arithmétique de l'option expertes : être divisible par 6 signifie être égal à six fois un entier.
Faire apparaître l’expression au rang précédent
Au rang 0, . Fixons et supposons pour un entier q. En développant, . L'hypothèse contrôle le premier terme. Pour le second, k et k+1 sont consécutifs, donc l'un est pair : pour un entier r. Ainsi l'expression vaut , multiple de 6. L'hérédité est établie ; par récurrence, la divisibilité vaut pour tout entier naturel n.
Il ne suffit pas d'affirmer que le terme ajouté est un multiple de 6 : l'argument de parité justifie précisément ce point. Une preuve directe serait également possible avec , mais il faudrait alors expliquer pourquoi ce produit comporte un facteur pair et un multiple de 3.
Établir un encadrement puis la monotonie d’une suite
Soit et . Pour étudier cette suite, on peut prouver séparément deux propriétés : , puis . Un encadrement n'est pas une preuve de monotonie.
Un intervalle conservé par la relation de récurrence
Au rang 0, . Fixons et supposons . L'addition de 6 puis la division par 3, positif, donnent . Comme , on retrouve . Le principe de récurrence prouve donc cet encadrement pour tout entier naturel n.
Transmettre une comparaison entre deux termes
On a : la propriété est initialisée au rang 0. Supposons pour un entier . La fonction est strictement croissante ; ainsi , soit . La suite est strictement croissante par récurrence.
Une autre preuve, directe une fois l'encadrement établi, consiste à écrire . Choisir cette voie ne diminue pas la rigueur : il n'est pas nécessaire de faire une deuxième récurrence lorsque le signe de la différence suffit.
Relire une preuve avant de conclure
Erreur fréquente : écrire « supposons la propriété vraie pour tout n » suppose déjà ce que l'on cherche à démontrer. Il faut fixer un entier k arbitraire.
Contrôle utile : surligner dans l'hérédité l'unique endroit où l'hypothèse est utilisée. Si elle n'apparaît jamais, la preuve est probablement directe ou incomplète.
Les définitions de proche en proche sont revues dans les suites numériques de Première. Les encadrements établis par récurrence seront utilisés pour les limites de suites.
La récurrence intervient dans plusieurs capacités de le programme officiel de Terminale, spécialité mathématiques.