Diagonalisation d’une matrice : cours, méthode et exemples

Parmi toutes les techniques de l'algèbre linéaire, la diagonalisation d'une matrice occupe une place à part : elle transforme un objet a priori complexe en quelque chose d'une lisibilité parfaite ; une matrice où tout se passe sur la diagonale, et rien ailleurs. Comprendre ce processus, c'est débloquer d'un coup le calcul de puissances de matrices, la résolution de systèmes différentiels linéaires et même certaines techniques de l'analyse de données comme l'analyse en composantes principales (ACP).

Ce cours présente la diagonalisation de manière progressive : d'abord l'intuition géométrique, puis la théorie rigoureuse, enfin une méthode pas à pas illustrée sur un exemple complet. Que vous prépariez un examen de licence, une colle de CPGE ou que vous souhaitiez consolider vos bases, chaque notion est définie dès sa première apparition, et chaque piège classique est signalé au bon moment.

Qu’est-ce que la diagonalisation d’une matrice ?

Avant d'entrer dans la mécanique, posons clairement l'objectif. Une matrice diagonale est une matrice carrée dont tous les coefficients en dehors de la diagonale principale sont nuls ; c'est la forme la plus simple que puisse avoir une matrice carrée. Diagonaliser une matrice AA, c'est répondre à la question : existe-t-il un changement de base dans lequel AA prend exactement cette forme simple ?

Définition formelle

Soit AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice carrée d'ordre nn à coefficients dans un corps K\mathbb{K} (typiquement R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On dit que AA est diagonalisable sur K\mathbb{K} s'il existe :

  • une matrice PMn(K)P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) inversible ; appelée matrice de passage ;
  • une matrice DMn(K)D \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) diagonale

telles que :

A=PDP1A = P\,D\,P^{-1}

Autrement dit, D=P1APD = P^{-1}AP est la matrice diagonale semblable à AA. Deux matrices sont dites semblables lorsqu'elles représentent le même endomorphisme (la même transformation linéaire), mais exprimé dans deux bases différentes.

Les coefficients diagonaux de DD sont exactement les valeurs propres de AA, et les colonnes de PP sont les vecteurs propres associés, placés dans le même ordre que les valeurs propres correspondantes dans DD.

⚠️ Erreur fréquente : l'ordre des colonnes de PP doit correspondre exactement à l'ordre des valeurs propres dans DD. Si la kk-ième colonne de PP est un vecteur propre associé à λk\lambda_k, alors λk\lambda_k doit apparaître en position (k,k)(k,k) dans DD. Inverser cet ordre produit une décomposition fausse.

L’intuition géométrique : changer de lunettes pour simplifier la vue

La définition algébrique est précise, mais elle cache une image très parlante qu'il vaut mieux avoir en tête avant de calculer quoi que ce soit.

Imaginez une transformation linéaire ff de R2\mathbb{R}^2 dans lui-même : par exemple, un étirement d'un facteur 3 dans une direction et d'un facteur 1-1 (un retournement) dans une autre direction perpendiculaire. Si vous décrivez ff dans la base canonique {e1,e2}\{e_1, e_2\}, sa matrice contiendra des termes hors diagonale ; elle "mélange" les coordonnées. Mais si vous choisissez comme base ces deux directions d'étirement, la matrice de ff devient immédiatement :

D=(3001)D = \begin{pmatrix} 3 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}

Diagonaliser, c'est donc trouver la bonne paire de lunettes ; la base dans laquelle la transformation se voit clairement comme un simple étirement (ou contraction) dans chaque direction. Ces directions privilégiées sont précisément les directions propres, et les facteurs d'étirement associés sont les valeurs propres.

Cette vision géométrique explique aussi pourquoi certaines matrices ne sont pas diagonalisables : il arrive qu'une transformation n'ait tout simplement pas assez de directions propres indépendantes pour former une base de l'espace entier. Dans ce cas, on parle de matrice défective.

Valeurs propres et vecteurs propres : les clés de la diagonalisation

Pour construire les matrices PP et DD, on a besoin des éléments propres de AA. Voici les définitions et la méthode de calcul, deux notions intimement liées.

Valeur propre et vecteur propre

Un scalaire λK\lambda \in \mathbb{K} est une valeur propre de AA s'il existe un vecteur non nul XKnX \in \mathbb{K}^n tel que :

AX=λXAX = \lambda X

Le vecteur XX est alors appelé vecteur propre de AA associé à la valeur propre λ\lambda. Concrètement, cela signifie que la transformation ff associée à AA ne fait que "dilater" le vecteur XX d'un facteur λ\lambda, sans en changer la direction (sauf si λ<0\lambda < 0, auquel cas la direction est renversée).

⚠️ Erreur fréquente : le vecteur nul X=0X = 0 vérifie AX=λXAX = \lambda X pour tout scalaire λ\lambda. Par définition, il n'est donc jamais considéré comme un vecteur propre, même si l'équation est satisfaite.

Le polynôme caractéristique : trouver les valeurs propres

L'équation AX=λXAX = \lambda X s'écrit de façon équivalente (AλIn)X=0(A - \lambda I_n)X = 0, où InI_n désigne la matrice identité d'ordre nn (celle dont tous les termes diagonaux valent 1 et tous les autres valent 0). Ce système homogène admet une solution non nulle si et seulement si la matrice (AλIn)(A - \lambda I_n) n'est pas inversible, c'est-à-dire si son déterminant est nul.

On définit ainsi le polynôme caractéristique de AA :

χA(X)=det(AXIn)\chi_A(X) = \det(A - X\,I_n)

C'est un polynôme de degré nn en XX. Ses racines (dans K\mathbb{K}) sont exactement les valeurs propres de AA. Pour une matrice 2×22 \times 2 de la forme (abcd)\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}, on obtient :

χA(X)=X2(a+d)trace de AX+(adbc)det(A)\chi_A(X) = X^2 - \underbrace{(a+d)}_{\text{trace de }A}\,X + \underbrace{(ad-bc)}_{\det(A)}

Le sous-espace propre associé à une valeur propre

Une fois une valeur propre λ\lambda trouvée, l'ensemble de tous les vecteurs propres associés (plus le vecteur nul) forme un sous-espace vectoriel appelé sous-espace propre, noté EλE_\lambda :

Eλ=ker(AλIn)={XKnAX=λX}E_\lambda = \ker(A - \lambda I_n) = \{ X \in \mathbb{K}^n \mid AX = \lambda X \}

Concrètement, on trouve une base de EλE_\lambda en résolvant le système linéaire homogène (AλIn)X=0(A - \lambda I_n)X = 0 par la méthode du pivot de Gauss. Pour en savoir plus sur la résolution de tels systèmes, consultez notre cours sur les systèmes linéaires et la méthode du pivot de Gauss.

Quand une matrice est-elle diagonalisable ? Le critère fondamental

Avoir des valeurs propres ne suffit pas : il faut encore que l'espace soit "assez riche" en vecteurs propres. C'est ici qu'intervient la distinction cruciale entre deux notions de multiplicité.

Multiplicité algébrique et multiplicité géométrique

Pour une valeur propre λ\lambda de AA :

  • La multiplicité algébrique ma(λ)m_a(\lambda) est l'ordre de λ\lambda en tant que racine du polynôme caractéristique χA\chi_A. Si χA(X)=(X2)3(X+1)\chi_A(X) = (X-2)^3(X+1), alors ma(2)=3m_a(2) = 3 et ma(1)=1m_a(-1) = 1.
  • La multiplicité géométrique mg(λ)m_g(\lambda) est la dimension du sous-espace propre : mg(λ)=dimEλ=dimker(AλIn)m_g(\lambda) = \dim E_\lambda = \dim\ker(A - \lambda I_n).

On démontre toujours que 1mg(λ)ma(λ)1 \leq m_g(\lambda) \leq m_a(\lambda). La diagonalisabilité exige l'égalité :

Théorème : condition nécessaire et suffisante de diagonalisabilité

Une matrice AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est diagonalisable sur K\mathbb{K} si et seulement si les deux conditions suivantes sont simultanément satisfaites :

  1. Le polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé sur K\mathbb{K}, c'est-à-dire que toutes ses racines appartiennent à K\mathbb{K}.
  2. Pour chaque valeur propre λ\lambda, la multiplicité géométrique est égale à la multiplicité algébrique : mg(λ)=ma(λ)m_g(\lambda) = m_a(\lambda).
A diagonalisable    λ valeur propredimEλ=nA \text{ diagonalisable} \iff \sum_{\lambda \text{ valeur propre}} \dim E_\lambda = n

Cas particuliers importants à connaître

Valeurs propres toutes distinctes. Si AA possède nn valeurs propres distinctes dans K\mathbb{K}, alors AA est automatiquement diagonalisable. C'est un cas très favorable : toutes les multiplicités algébriques valent 1, donc les multiplicités géométriques aussi.

Matrices symétriques réelles. Toute matrice symétrique réelle (c'est-à-dire vérifiant A=ATA = A^T) est diagonalisable sur R\mathbb{R}. Mieux encore, elle est diagonalisable dans une base orthonormée de vecteurs propres ; c'est l'énoncé du théorème spectral. Ce résultat est fondamental en physique et en statistiques.

Projecteurs. Toute matrice AA vérifiant A2=AA^2 = A (appelée projecteur) est diagonalisable, avec pour seules valeurs propres possibles 00 et 11.

Astuce : en pratique, avant de lancer le calcul complet des sous-espaces propres, vérifiez d'abord si le polynôme caractéristique est scindé sur K\mathbb{K} (condition 1). Si ce n'est pas le cas (par exemple si χA\chi_A a des racines complexes non réelles et que vous travaillez sur R\mathbb{R}) la matrice n'est pas diagonalisable sur R\mathbb{R} et il est inutile de poursuivre le calcul dans ce corps.

Méthode complète pour diagonaliser une matrice en 5 étapes

Le critère théorique étant posé, voyons comment le traduire en une procédure de calcul efficace. Les cinq étapes ci-dessous s'appliquent à toute matrice carrée ; elles sont illustrées sur l'exemple concret de la matrice :

A=(411252112)A = \begin{pmatrix} 4 & 1 & -1 \\ 2 & 5 & -2 \\ 1 & 1 & 2 \end{pmatrix}

Étape 1 : Calculer le polynôme caractéristique

On développe le déterminant de (AλI3)(A - \lambda I_3) :

χA(λ)=det(AλI3)=det(4λ1125λ2112λ)\chi_A(\lambda) = \det(A - \lambda I_3) = \det\begin{pmatrix} 4-\lambda & 1 & -1 \\ 2 & 5-\lambda & -2 \\ 1 & 1 & 2-\lambda \end{pmatrix}

En développant par cofacteurs (ou par la règle de Sarrus pour les matrices 3×33\times 3) :

χA(λ)=(λ3)2(λ5)\chi_A(\lambda) = -(\lambda - 3)^2(\lambda - 5)

Le signe conventionnel peut varier selon les manuels (det(AλI)\det(A - \lambda I) ou det(λIA)\det(\lambda I - A)) ; l'important est la cohérence au sein d'un même calcul.

Étape 2 : Identifier les valeurs propres et leurs multiplicités algébriques

Les racines de χA\chi_A sont les valeurs propres :

Valeur propre λ\lambdaMultiplicité algébrique mam_a
λ1=3\lambda_1 = 3ma=2m_a = 2 (racine double)
λ2=5\lambda_2 = 5ma=1m_a = 1 (racine simple)

Le polynôme caractéristique est scindé sur R\mathbb{R} (toutes les racines sont réelles) : la condition 1 est satisfaite.

Étape 3 : Calculer les sous-espaces propres

Pour chaque valeur propre, on résout le système (AλI3)X=0(A - \lambda I_3)X = 0.

Sous-espace propre E3E_3 :

A3I3=(111222111)A - 3I_3 = \begin{pmatrix} 1 & 1 & -1 \\ 2 & 2 & -2 \\ 1 & 1 & -1 \end{pmatrix}

Les lignes 2 et 3 sont proportionnelles à la ligne 1, donc le système se réduit à une seule équation : x1+x2x3=0x_1 + x_2 - x_3 = 0, soit x1=x3x2x_1 = x_3 - x_2. En posant x2=sx_2 = s et x3=tx_3 = t librement, on obtient :

E3=Vect{(110),  (101)}E_3 = \text{Vect}\left\{ \begin{pmatrix} -1 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix},\; \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} \right\}

Donc mg(3)=dimE3=2=ma(3)m_g(3) = \dim E_3 = 2 = m_a(3). ✓

Sous-espace propre E5E_5 :

A5I3=(111202113)A - 5I_3 = \begin{pmatrix} -1 & 1 & -1 \\ 2 & 0 & -2 \\ 1 & 1 & -3 \end{pmatrix}

Après pivot de Gauss, le système se réduit à x1=x3x_1 = x_3 et x2=2x3x1=x3x_2 = 2x_3 - x_1 = x_3. En posant x3=1x_3 = 1 :

E5=Vect{(111)}E_5 = \text{Vect}\left\{ \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} \right\}

Donc mg(5)=1=ma(5)m_g(5) = 1 = m_a(5). ✓

Étape 4 : Vérifier la diagonalisabilité et conclure

Pour chaque valeur propre, mg=mam_g = m_a. La somme des multiplicités géométriques vaut 2+1=3=n2 + 1 = 3 = n. La matrice AA est donc diagonalisable sur R\mathbb{R}.

Étape 5 : Construire PP et DD

On place les vecteurs propres en colonnes dans PP, dans l'ordre choisi pour les valeurs propres :

P=(111101011)etD=(300030005)P = \begin{pmatrix} -1 & 1 & 1 \\ 1 & 0 & 1 \\ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix} \quad\text{et}\quad D = \begin{pmatrix} 3 & 0 & 0 \\ 0 & 3 & 0 \\ 0 & 0 & 5 \end{pmatrix}

On vérifie que PP est inversible (déterminant non nul), et on peut contrôler la relation AP=PDAP = PD colonne par colonne.

⚠️ Erreur fréquente : ne pas vérifier que la matrice PP construite est bien inversible. Dans le cas d'une valeur propre de multiplicité algébrique 2\geq 2, il est parfois tentant de choisir des vecteurs propres qui s'avèrent colinéaires, conduisant à une matrice PP singulière (non inversible) et donc inutilisable. Assurez-vous toujours que les vecteurs propres choisis forment bien une famille libre.

À quoi sert la diagonalisation ? L’application aux puissances de matrices

La beauté de la décomposition A=PDP1A = PDP^{-1} apparaît immédiatement dès qu'on calcule des puissances. En effet, si on développe A2A^2 :

A2=(PDP1)(PDP1)=PD(P1P)DP1=PD2P1A^2 = (PDP^{-1})(PDP^{-1}) = PD(P^{-1}P)DP^{-1} = PD^2P^{-1}

Par récurrence, pour tout entier n1n \geq 1 :

An=PDnP1A^n = P\,D^n\,P^{-1}

Et la puissance d'une matrice diagonale est triviale : on élève simplement chaque coefficient diagonal à la puissance nn :

Dn=(λ1n000λ2n000λkn)D^n = \begin{pmatrix} \lambda_1^n & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & \lambda_2^n & \cdots & 0 \\ \vdots & & \ddots & \vdots \\ 0 & 0 & \cdots & \lambda_k^n \end{pmatrix}

Sur notre exemple, pour tout n1n \geq 1 :

An=P(3n0003n0005n)P1A^n = P \begin{pmatrix} 3^n & 0 & 0 \\ 0 & 3^n & 0 \\ 0 & 0 & 5^n \end{pmatrix} P^{-1}

Cette même logique s'applique au calcul de l'exponentielle de matrice eA=PeDP1e^A = P\,e^D\,P^{-1}, outil indispensable pour résoudre des systèmes différentiels linéaires à coefficients constants. Et si vous souhaitez approfondir les outils du calcul matriciel dans ce cadre, notre cours sur les espaces vectoriels et changements de base constitue un complément naturel.

Quand la diagonalisation échoue : reconnaître une matrice non diagonalisable

Maintenant que la méthode générale est maîtrisée, une question se pose naturellement : comment identifier rapidement qu'une matrice n'est pas diagonalisable, sans avoir à terminer tous les calculs ?

La matrice de Jordan J=(λ10λ)J = \begin{pmatrix} \lambda & 1 \\ 0 & \lambda \end{pmatrix} est l'exemple canonique de matrice non diagonalisable : son polynôme caractéristique est (λX)2(\lambda - X)^2, donc λ\lambda est valeur propre de multiplicité algébrique 2, mais son sous-espace propre est de dimension 1 (un seul vecteur propre indépendant, la direction (10)\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \end{pmatrix}). La condition mg=mam_g = m_a n'est donc pas satisfaite.

En pratique, dès qu'une valeur propre a une multiplicité algébrique strictement supérieure à 1, il faut impérativement calculer la dimension du sous-espace propre correspondant ; on ne peut pas conclure sans cette vérification.

Conclusion : ce qu’il faut retenir sur la diagonalisation d’une matrice

La diagonalisation d'une matrice repose sur une idée simple mais puissante : trouver la base dans laquelle une transformation linéaire s'exprime sous sa forme la plus épurée. La méthode se déroule toujours en cinq actes (polynôme caractéristique, valeurs propres, sous-espaces propres, vérification du critère CNS, construction de PP et DD) et la clé théorique tient en une inégalité devenue égalité : mg(λ)=ma(λ)m_g(\lambda) = m_a(\lambda) pour toute valeur propre.

Maîtriser ce résultat ouvre immédiatement la porte au calcul de puissances de matrices, aux exponentielles matricielles et à la résolution de systèmes différentiels linéaires. Ces applications, abondamment représentées aux concours CPGE et en licence, font de la diagonalisation l'une des compétences les plus rentables de l'algèbre linéaire.

Pour aller plus loin, nous vous recommandons de pratiquer sur des exercices progressifs : commencez par des matrices 2×22 \times 2 à valeurs propres distinctes, puis abordez les cas de multiplicité algébrique 2 ou 3 où le critère mg=mam_g = m_a doit être vérifié explicitement. Notre cours sur la réduction des endomorphismes permet ensuite de replacer la diagonalisation dans un cadre plus général.

Questions fréquentes sur la diagonalisation d’une matrice

Comment savoir si une matrice est diagonalisable ?

Une matrice carrée AA d'ordre nn est diagonalisable sur K\mathbb{K} si et seulement si deux conditions sont réunies : (1) son polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé sur K\mathbb{K}, c'est-à-dire que toutes ses racines appartiennent au corps de base ; (2) pour chaque valeur propre λ\lambda, la dimension du sous-espace propre EλE_\lambda (multiplicité géométrique) est égale à la multiplicité de λ\lambda comme racine de χA\chi_A (multiplicité algébrique). Un cas favorable immédiat : si AA possède nn valeurs propres distinctes dans K\mathbb{K}, elle est automatiquement diagonalisable.

Quelle est la différence entre diagonaliser et réduire une matrice ?

La réduction d'une matrice est le terme général qui désigne la recherche d'une forme simplifiée semblable à la matrice de départ. La diagonalisation en est un cas particulier (et le plus agréable) où la forme réduite est une matrice diagonale. Lorsque la diagonalisation est impossible (matrice défective), on recourt à la forme de Jordan, qui est triangulaire supérieure et constitue la réduction "la plus diagonale possible" pour toute matrice à coefficients complexes.

Comment calculer la puissance n-ième d’une matrice grâce à la diagonalisation ?

Si A=PDP1A = PDP^{-1}, alors An=PDnP1A^n = PD^nP^{-1} pour tout entier n1n \geq 1. La matrice DnD^n est diagonale, avec comme coefficients les puissances λin\lambda_i^n des valeurs propres. Il suffit donc : (1) de diagonaliser AA en trouvant PP et DD ; (2) d'élever les valeurs propres à la puissance nn ; (3) de calculer le produit PDnP1PD^nP^{-1}. Cette méthode est bien plus efficace qu'une multiplication répétée de AA par elle-même, surtout pour de grandes valeurs de nn.

Toute matrice carrée est-elle diagonalisable ?

Non. Une matrice carrée n'est pas nécessairement diagonalisable. Il existe deux types d'obstacles : (1) le polynôme caractéristique peut ne pas être scindé sur le corps de base (par exemple, une matrice réelle peut avoir des valeurs propres complexes non réelles, l'empêchant d'être diagonalisable sur R\mathbb{R}, même si elle le devient sur C\mathbb{C}) ; (2) même si toutes les valeurs propres appartiennent au corps, une valeur propre peut avoir une multiplicité géométrique strictement inférieure à sa multiplicité algébrique ; c'est le cas des matrices de Jordan non triviales. En revanche, toute matrice carrée à coefficients complexes est trigonalisable (elle admet une forme triangulaire semblable).

Qu’est-ce que la matrice de passage P dans la diagonalisation ?

La matrice de passage PP est la matrice inversible dont les colonnes sont les vecteurs propres de AA, écrits dans la base dans laquelle AA est exprimée. Elle représente le changement de base qui transforme la base courante en la base formée par les vecteurs propres. Dans cette nouvelle base, la même transformation linéaire s'écrit sous la forme diagonale DD. Plus précisément, la kk-ième colonne de PP est un vecteur propre associé à la kk-ième valeur propre (le coefficient DkkD_{kk}), et l'ordre doit être rigoureusement respecté entre PP et DD.