Identités Remarquables en maths : cours, astuces et pièges

Si tu n’as jamais eu l’impression d’aller plus vite que ta calculatrice en algèbre, les identités remarquables vont changer ça. Ces trois formules — apprises dès la troisième et utilisées jusqu’en classes préparatoires — permettent de développer ou de factoriser n’importe quelle expression polynomiale en quelques secondes, sans passer ligne par ligne par la distributivité. Maîtriser les identités remarquables, c’est acquérir un raccourci de calcul que les mathématiciens utilisent depuis les Babyloniens.

Dans ce cours, tu trouveras les trois formules essentielles, leurs preuves expliquées pas à pas, une interprétation géométrique qui rend tout ça intuitif, et des méthodes concrètes pour les appliquer au développement comme à la factorisation d’expressions algébriques.

Qu’est-ce qu’une identité remarquable ? Définition précise

Avant d’entrer dans les formules, posons les bases. En mathématiques, une identité est une égalité qui est vraie pour toutes les valeurs possibles des variables impliquées — pas seulement pour une valeur particulière. C’est ce qui la distingue d’une équation, qui n’est vraie que pour certaines valeurs inconnues à trouver.

Définition : Identité remarquable

Une identité remarquable est une égalité algébrique entre deux expressions polynomiales, vraie pour tous réels \(a\) et \(b\). Le qualificatif « remarquable » signifie simplement qu’elle est suffisamment utile et fréquente pour mériter d’être mémorisée et reconnue à vue.

Ici, \(a\) et \(b\) désignent des réels quelconques : ils peuvent représenter des nombres entiers, des fractions, des racines carrées, ou même des expressions algébriques contenant des variables comme \(x\) ou \(y\).

⚠️ Erreur fréquente : Confondre une identité avec une équation. Dans une identité, il n’y a rien à « résoudre » — l’égalité est toujours vraie. Si on te demande de développer ou de factoriser, tu appliques une identité. Si on te demande de trouver la valeur de \(x\), tu résous une équation.

Les trois identités remarquables du second degré : Formules à connaître

Maintenant que la notion d’identité est claire, voici les trois formules qui constituent le cœur du chapitre. Chacune exprime une égalité entre un produit remarquable — c’est-à-dire une multiplication facile à repérer — et sa forme développée en somme ou différence.

Les trois identités remarquables fondamentales

Pour tous réels \(a\) et \(b\) :

Identité 1 : Carré d’une somme :

\[
(a + b)^2 = a^2 + 2ab + b^2
\]

Identité 2 : Carré d’une différence :

\[
(a – b)^2 = a^2 – 2ab + b^2
\]

Identité 3 : Différence de deux carrés :

\[
(a + b)(a – b) = a^2 – b^2
\]

Note que l’Identité 2 est en réalité un cas particulier de l’Identité 1 : il suffit de remplacer \(b\) par \(-b\) dans la première formule pour obtenir la deuxième. C’est un lien utile pour ne jamais les confondre.

Comprendre les formules avec l’intuition géométrique

Les formules algébriques sont plus faciles à mémoriser quand elles ont du sens visuellement. Les identités remarquables ne sont pas nées de la manipulation abstraite de symboles — elles ont d’abord été découvertes géométriquement, par les Babyloniens puis par Euclide dans ses Éléments.

Preuve géométrique du carré d’une somme \((a+b)^2 = a^2 + 2ab + b^2\)

Imagine un grand carré dont chaque côté mesure \((a + b)\). Son aire totale est donc \((a+b)^2\). Mais on peut aussi décomposer ce grand carré en quatre pièces :

  • Un carré de côté \(a\), d’aire \(a^2\) ;
  • Un carré de côté \(b\), d’aire \(b^2\) ;
  • Deux rectangles de côtés \(a\) et \(b\), chacun d’aire \(ab\).

En additionnant ces quatre aires, on retrouve exactement \(a^2 + 2ab + b^2\). L’identité n’est rien d’autre que l’énoncé du fait que les deux façons de calculer l’aire du grand carré donnent le même résultat.

Preuve géométrique de l'identité remarquable (a+b)² = a² + 2ab + b² par décomposition d'un carré en quatre rectangles.

Intuition pour la différence de deux carrés \((a+b)(a-b) = a^2 – b^2\)

Imagine un grand carré de côté \(a\) dont tu découpes un petit carré de côté \(b\) dans un coin. L’aire restante vaut \(a^2 – b^2\). En reorganisant les pièces, on peut reformer un rectangle de côtés \((a+b)\) et \((a-b)\) — et l’aire de ce rectangle est bien \((a+b)(a-b)\). Les deux expressions sont égales : c’est la troisième identité.

Propriétés clés et sens de lecture des identités remarquables

Ce qui rend ces identités vraiment puissantes, c’est qu’elles fonctionnent dans les deux sens — et c’est précisément là que beaucoup d’élèves s’arrêtent à mi-chemin.

Propriété 1 : Développement (de gauche à droite)

Lire la formule de gauche à droite transforme un produit en une somme. On dit qu’on développe l’expression.

Exemple : développer \((2x + 3)^2\).

On pose \(a = 2x\) et \(b = 3\). Alors :

\[
(2x + 3)^2 = (2x)^2 + 2 \cdot (2x) \cdot 3 + 3^2 = 4x^2 + 12x + 9
\]

Propriété 2 : Factorisation (de droite à gauche)

Lire la formule de droite à gauche transforme une somme en un produit. On dit qu’on factorise l’expression.

Exemple : factoriser \(x^2 – 10x + 25\).

On reconnaît \(a^2 – 2ab + b^2\) avec \(a = x\) et \(b = 5\). Donc :

\[
x^2 – 10x + 25 = (x – 5)^2
\]

⚠️ Erreur fréquente : En factorisant \(a^2 – b^2\), certains élèves écrivent \((a – b)^2\) au lieu de \((a+b)(a-b)\). Ces deux expressions sont très différentes : \((a-b)^2 = a^2 – 2ab + b^2\), alors que \(a^2 – b^2\) ne contient aucun terme en \(ab\). La différence de deux carrés donne toujours un produit de deux facteurs conjugués, pas un carré.

Propriété 3 : Généralisation : \(a\) et \(b\) peuvent être des expressions complexes

Les lettres \(a\) et \(b\) ne représentent pas forcément des variables simples. Elles peuvent désigner n’importe quelle expression. Exemple : factoriser \((3x – 2)(3x + 2)\).

On pose \(a = 3x\) et \(b = 2\). C’est exactement la forme \((a+b)(a-b)\), donc :

\[
(3x – 2)(3x + 2) = (3x)^2 – 2^2 = 9x^2 – 4
\]

Preuve algébrique étape par étape des trois identités remarquables

L’intuition géométrique est convaincante, mais une bonne maîtrise des identités remarquables exige aussi de savoir les démontrer algébriquement — notamment parce que la preuve par le calcul s’étend à des cas où \(a\) et \(b\) sont négatifs, ce que la géométrie gère moins naturellement.

La seule notion requise est la double distributivité : pour tous réels \(a\), \(b\), \(c\), \(d\),

\[
(a + b)(c + d) = ac + ad + bc + bd
\]

Chaque terme du premier facteur est multiplié par chaque terme du second facteur.

Preuve de l’Identité 1 : \((a+b)^2 = a^2 + 2ab + b^2\)

  1. Réécrire le carré comme un produit :

    \[
    (a + b)^2 = (a + b)(a + b)
    \]
  2. Appliquer la double distributivité :

    \[
    (a + b)(a + b) = a \cdot a + a \cdot b + b \cdot a + b \cdot b
    \]
  3. Simplifier chaque terme :

    \[
    = a^2 + ab + ab + b^2
    \]
  4. Réduire les termes semblables (\(ab + ab = 2ab\)) :

    \[
    = a^2 + 2ab + b^2 \qquad
    \]

Preuve de l’Identité 2 : \((a-b)^2 = a^2 – 2ab + b^2\)

  1. Réécrire \((a-b)\) comme \((a + (-b))\) et appliquer l’Identité 1 avec \(b \leftarrow -b\) :

    \[
    (a – b)^2 = (a + (-b))^2 = a^2 + 2 \cdot a \cdot (-b) + (-b)^2
    \]
  2. Calculer \((-b)^2 = b^2\) et \(2a(-b) = -2ab\) :

    \[
    = a^2 – 2ab + b^2 \qquad
    \]

⚠️ Erreur fréquente : À l’étape où l’on calcule \((-b)^2\), beaucoup d’élèves écrivent \(-b^2\) au lieu de \(+b^2\). Rappel : un nombre négatif élevé au carré est toujours positif, car \((-b) \times (-b) = +b^2\). Le signe moins ne survit pas au carré.

Preuve de l’Identité 3 : \((a+b)(a-b) = a^2 – b^2\)

  1. Appliquer directement la double distributivité :

    \[
    (a + b)(a – b) = a \cdot a + a \cdot (-b) + b \cdot a + b \cdot (-b)
    \]
  2. Simplifier :

    \[
    = a^2 – ab + ab – b^2
    \]
  3. Observer l’annulation des termes en \(ab\) :

    \[
    = a^2 – b^2 \qquad
    \]

    C’est précisément parce que les deux facteurs sont conjugués (même valeur absolue, signes opposés pour \(b\)) que les termes croisés s’annulent, laissant uniquement la différence des carrés.

Comment appliquer les identités remarquables : méthode et exemples

Connaître les formules est une chose ; les appliquer avec assurance dans des exercices variés en est une autre. Voici une méthode en trois étapes qui fonctionne systématiquement, que ce soit pour développer ou pour factoriser.

Méthode pour développer

  1. Identifier la forme : l’expression ressemble-t-elle à \((a+b)^2\), \((a-b)^2\) ou \((a+b)(a-b)\) ?
  2. Identifier \(a\) et \(b\) : nommer explicitement ce que sont \(a\) et \(b\).
  3. Appliquer la formule : remplacer \(a\) et \(b\) dans le membre de droite.

Exemple : Développer \((5x – 2)^2\).

\[
\begin{align*}
(5x – 2)^2 &= (5x)^2 – 2 \cdot (5x) \cdot 2 + 2^2 \\
&= 25x^2 – 20x + 4
\end{align*}
\]

Méthode pour factoriser

  1. Compter les termes : deux termes ? Pense à la différence de carrés. Trois termes ? Pense aux carrés de somme ou de différence.
  2. Vérifier la structure : les deux termes extrêmes sont-ils des carrés parfaits ? Le terme central vaut-il \(2ab\) ?
  3. Lire la formule à l’envers : écrire directement la forme factorisée.

Exemple : Factoriser \(9x^2 – 25\).

\[
\begin{align*}
9x^2 – 25 &= (3x)^2 – 5^2 \\
&= (3x + 5)(3x – 5)
\end{align*}
\]

Exemple de factorisation avancée : Factoriser \((2x+1)^2 – (x-3)^2\).

Ici, on peut voir toute l’expression comme une différence de deux carrés, en posant \(a = (2x+1)\) et \(b = (x-3)\). C’est une application directe de la troisième identité — ce type de situation est approfondi dans le cours sur la résolution des équations du second degré.

\[
\begin{align*}
(2x+1)^2 – (x-3)^2 &= \bigl[(2x+1) + (x-3)\bigr]\bigl[(2x+1) – (x-3)\bigr] \\
&= (3x – 2)(x + 4)
\end{align*}
\]

Tableau récapitulatif des identités remarquables

NomForme factorisée (produit)Forme développée (somme)
Carré d’une somme\((a + b)^2\)\(a^2 + 2ab + b^2\)
Carré d’une différence\((a – b)^2\)\(a^2 – 2ab + b^2\)
Différence de deux carrés\((a + b)(a – b)\)\(a^2 – b^2\)
Cube d’une somme (lycée)\((a + b)^3\)\(a^3 + 3a^2b + 3ab^2 + b^3\)
Cube d’une différence (lycée)\((a – b)^3\)\(a^3 – 3a^2b + 3ab^2 – b^3\)

Les identités remarquables au-delà du second degré

Les trois formules du second degré sont incontournables, mais au lycée et en classe préparatoire, les identités remarquables s’étendent naturellement au degré 3 et au-delà. Ces généralisations reposent exactement sur les mêmes principes.

Les identités du troisième degré

Pour tous réels \(a\) et \(b\) :

\[
(a + b)^3 = a^3 + 3a^2b + 3ab^2 + b^3
\]
\[
(a – b)^3 = a^3 – 3a^2b + 3ab^2 – b^3
\]

Il existe également une factorisation de la somme et de la différence de deux cubes, très utile pour les exercices de factorisation avancée :

\[
\begin{align*}
a^3 + b^3 &= (a + b)(a^2 – ab + b^2) \\
a^3 – b^3 &= (a – b)(a^2 + ab + b^2)
\end{align*}
\]

Ces identités du troisième degré, ainsi que leurs applications en analyse, sont développées dans le cours dédié à la factorisation des polynômes de degré supérieur. Elles partagent avec les identités du second degré la même logique : reconnaître une structure, nommer \(a\) et \(b\), appliquer la formule.

Conclusion : Ce qu’il faut retenir sur les identités remarquables

Les identités remarquables sont bien plus que des formules à mémoriser : elles représentent une façon de voir les expressions algébriques, de reconnaître des patterns et d’agir vite. Les trois identités du second degré — carré d’une somme, carré d’une différence, différence de deux carrés — sont la pierre angulaire de tout le calcul littéral, du collège jusqu’aux concours de grandes écoles.

Pour les fixer durablement, rappelle-toi :

  • Le terme \(2ab\) est toujours présent dans les carrés d’une somme ou d’une différence — ne l’oublie jamais.
  • La différence de deux carrés \(a^2 – b^2\) se factorise toujours en deux facteurs conjugués \((a+b)(a-b)\) — jamais en \((a-b)^2\).
  • La somme de deux carrés \(a^2 + b^2\) ne se factorise pas sur les réels.
  • \(a\) et \(b\) peuvent représenter n’importe quelle expression : \(2x\), \(5y^2\), \(\sqrt{3}\)…

La pratique régulière — exercices de développement, factorisation, résolution d’équations — est la seule voie vers une maîtrise automatique. Une fois que tu reconnaîtras ces structures à vue, ton efficacité en algèbre fera un bond. Pour aller plus loin, explore les cours sur les équations du second degré et le discriminant.

Source de référence : article Identité remarquable sur Wikipédia (mathématiques).