Application Linéaire Exercices Corrigés

Maîtriser la notion d’application linéaire est une étape incontournable de l’algèbre linéaire, aussi bien en première année de licence qu’en classes préparatoires. Cette page propose une progression complète d’exercices corrigés, de la vérification de la définition d’une application linéaire jusqu’à des problèmes de niveau concours sur les projecteurs, les symétries vectorielles et les isomorphismes. Chaque exercice cible une compétence précise : déterminer le noyau et l’image, appliquer le théorème du rang, écrire la matrice d’une application linéaire dans une base, effectuer un changement de base, ou étudier l’injectivité, la surjectivité et la bijectivité. Une indication accompagne chaque énoncé pour orienter la réflexion sans la remplacer, et un corrigé détaillé, rédigé pas à pas, permet de vérifier sa démarche à chaque étape.

Vérifier qu’une application est linéaire : définition et méthode

Avant d’étudier le noyau ou la matrice d’une application linéaire, il faut savoir reconnaître la linéarité à partir de sa définition. Ces deux premiers exercices rappellent la méthode de vérification par additivité et homogénéité, sur des exemples vectoriels et polynomiaux.

Exercice 1 : Reconnaître une application linéaire sur \(\mathbb{R}^2\)

Facile

On considère les deux applications suivantes :

\[ f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^3, \quad f(x,y) = (x+y,\ x-y,\ 2x) \]

\[ g : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}, \quad g(x,y) = xy \]

  1. Montrer que \(f\) est une application linéaire.
  2. Montrer que \(g\) n’est pas une application linéaire.
Indication

Pour \(f\), calculez \(f(\lambda(x,y)+(x’,y’))\) en développant chaque coordonnée. Pour \(g\), cherchez un contre-exemple numérique simple : il suffit de trouver un cas où l’homogénéité échoue.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

Soient \((x,y),(x’,y’) \in \mathbb{R}^2\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\). On a :

\[ f\big(\lambda(x,y)+(x’,y’)\big) = f(\lambda x + x’,\ \lambda y + y’) = \big((\lambda x+x’)+(\lambda y+y’),\ (\lambda x+x’)-(\lambda y+y’),\ 2(\lambda x+x’)\big) \]

En regroupant les termes, on obtient :

\[ = \lambda(x+y,\ x-y,\ 2x) + (x’+y’,\ x’-y’,\ 2x’) = \lambda f(x,y) + f(x’,y’) \]

Donc \(f\) est linéaire.

Solution de la question 2 :
\[ g(1,1) = 1, \qquad g(2,2) = 4, \qquad \text{mais} \qquad 2\,g(1,1) = 2 \neq 4 \]

L’homogénéité n’est pas vérifiée, donc \(g\) n’est pas linéaire.

Exercice 2 : Linéarité d’une forme sur les polynômes

Facile

On définit deux applications sur \(\mathbb{R}[X]\) :

\[ \varphi : \mathbb{R}[X] \to \mathbb{R}, \quad \varphi(P) = P(1) – P(0) \]

\[ \psi : \mathbb{R}[X] \to \mathbb{R}[X], \quad \psi(P) = P^2 \]

  1. Montrer que \(\varphi\) est une forme linéaire.
  2. Montrer que \(\psi\) n’est pas linéaire.
Indication

Pour \(\varphi\), utilisez le fait que l’évaluation d’un polynôme en un point fixé est elle-même linéaire. Pour \(\psi\), testez deux polynômes simples comme \(P=X\) et \(Q=X\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

Soient \(P,Q \in \mathbb{R}[X]\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\). Alors :

\[ \varphi(P+\lambda Q) = (P+\lambda Q)(1) – (P+\lambda Q)(0) = \big(P(1)+\lambda Q(1)\big) – \big(P(0)+\lambda Q(0)\big) \]
\[ = \big(P(1)-P(0)\big) + \lambda\big(Q(1)-Q(0)\big) = \varphi(P) + \lambda\varphi(Q) \]

Donc \(\varphi\) est une forme linéaire.

Solution de la question 2 :

Posons \(P=Q=X\). Alors :

\[ \psi(P+Q) = \psi(2X) = 4X^2, \qquad \text{alors que} \qquad \psi(P)+\psi(Q) = X^2+X^2 = 2X^2 \]

Comme \(4X^2 \neq 2X^2\), l’application \(\psi\) n’est pas linéaire.

Déterminer le noyau et l’image d’une application linéaire

Le calcul du noyau (\(\ker f\)) et de l’image (\(\mathrm{Im}\,f\)) est au cœur de la plupart des exercices sur les applications linéaires. Les deux exercices suivants détaillent la méthode pour résoudre le système caractérisant \(\ker f\) et pour construire une base de \(\mathrm{Im}\,f\) à partir des images de la base canonique.

Exercice 3 : Noyau et image d’une application de \(\mathbb{R}^3\) dans \(\mathbb{R}^2\)

Facile

Soit \(f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(f(x,y,z) = (x+y-z,\ 2x-y+z)\).

  1. Déterminer une base de \(\ker f\).
  2. Déterminer \(\mathrm{Im}\,f\) et sa dimension. La fonction \(f\) est-elle surjective ?
Indication

Pour le noyau, résolvez le système \(f(x,y,z)=(0,0)\) en exprimant deux variables en fonction de la troisième. Pour l’image, calculez \(f(e_1)\), \(f(e_2)\), \(f(e_3)\) et vérifiez s’ils engendrent \(\mathbb{R}^2\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

On résout \(f(x,y,z)=(0,0)\) :

\[ \begin{cases} x+y-z = 0 \\ 2x-y+z = 0 \end{cases} \]

La première équation donne \(z = x+y\). En substituant dans la seconde : \(2x-y+(x+y)=0 \Rightarrow 3x=0 \Rightarrow x=0\), puis \(z=y\). Ainsi :

\[ \ker f = \{(0,y,y) : y \in \mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}\big((0,1,1)\big) \]

Le noyau est de dimension 1, engendré par le vecteur \((0,1,1)\).

Solution de la question 2 :
\[ f(e_1)=(1,2), \qquad f(e_2)=(1,-1), \qquad f(e_3)=(-1,1) \]

Les vecteurs \(f(e_1)\) et \(f(e_2)\) ne sont pas colinéaires (\(1\times(-1)-2\times1=-3\neq0\)), donc ils engendrent \(\mathbb{R}^2\). Ainsi \(\mathrm{Im}\,f=\mathbb{R}^2\), de dimension 2, et \(f\) est surjective.

Exercice 4 : Noyau et image d’une application de \(\mathbb{R}^4\) dans \(\mathbb{R}^3\)

Moyen

Soit \(f : \mathbb{R}^4 \to \mathbb{R}^3\) définie par \(f(x,y,z,t) = (x-y+z,\ y+z+t,\ x+2z+t)\).

  1. Déterminer une base de \(\ker f\) et sa dimension.
  2. En déduire une base de \(\mathrm{Im}\,f\) et sa dimension.
Indication

Repérez d’abord qu’une des trois équations du système est combinaison des deux autres : il restera deux équations indépendantes et deux paramètres libres pour décrire le noyau.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

On résout \(f(x,y,z,t)=(0,0,0)\) :

\[ \begin{cases} x-y+z = 0 \\ y+z+t = 0 \\ x+2z+t = 0 \end{cases} \]

La première équation donne \(x=y-z\). En substituant dans la troisième : \((y-z)+2z+t=0 \Rightarrow y+z+t=0\), qui est identique à la deuxième équation : elle est donc redondante. Il reste \(x=y-z\) et \(t=-y-z\), avec \(y,z\) libres :

\[ \ker f = \mathrm{Vect}\big((1,1,0,-1),\ (-1,0,1,-1)\big), \qquad \dim \ker f = 2 \]
Solution de la question 2 :
\[ f(e_1)=(1,0,1), \quad f(e_2)=(-1,1,0), \quad f(e_3)=(1,1,2), \quad f(e_4)=(0,1,1) \]

Les vecteurs \(f(e_1)\) et \(f(e_2)\) ne sont pas colinéaires, ils engendrent donc un sous-espace de dimension 2. On vérifie que \(f(e_3)=2f(e_1)+f(e_2)\) et \(f(e_4)=f(e_1)+f(e_2)\), ce qui confirme :

\[ \mathrm{Im}\,f = \mathrm{Vect}\big((1,0,1),\ (-1,1,0)\big), \qquad \dim \mathrm{Im}\,f = 2 \]

Théorème du rang : relier dimension, noyau et image

Le théorème du rang relie la dimension de l’espace de départ à celles du noyau et de l’image. Les exercices suivants montrent comment l’utiliser pour éviter des calculs inutiles et conclure rapidement sur la surjectivité ou la bijectivité d’une application linéaire.

Exercice 5 : Utiliser le théorème du rang pour conclure sur la surjectivité

Moyen

Soit \(f : \mathbb{R}^4 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(f(x,y,z,t) = (x+y+z+t,\ x-y+z-t)\).

  1. Déterminer une base de \(\ker f\) et sa dimension.
  2. En appliquant le théorème du rang, en déduire \(\dim \mathrm{Im}\,f\) sans calculer explicitement une base de l’image, puis conclure sur la surjectivité de \(f\).
Indication

Une fois \(\dim \ker f\) connue, la formule \(\dim E = \dim \ker f + \dim \mathrm{Im}\,f\) donne directement la dimension de l’image, qu’il suffit ensuite de comparer à celle de l’espace d’arrivée.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ \begin{cases} x+y+z+t = 0 \\ x-y+z-t = 0 \end{cases} \]

En additionnant les deux équations : \(2x+2z=0 \Rightarrow x=-z\). En les soustrayant : \(2y+2t=0 \Rightarrow y=-t\). Avec \(z,t\) libres :

\[ \ker f = \mathrm{Vect}\big((-1,0,1,0),\ (0,-1,0,1)\big), \qquad \dim \ker f = 2 \]
Solution de la question 2 :

D’après le théorème du rang appliqué à \(f : \mathbb{R}^4 \to \mathbb{R}^2\) :

\[ \dim \mathbb{R}^4 = \dim \ker f + \dim \mathrm{Im}\,f \quad \Rightarrow \quad 4 = 2 + \dim \mathrm{Im}\,f \quad \Rightarrow \quad \dim \mathrm{Im}\,f = 2 \]

Comme \(\mathrm{Im}\,f\) est un sous-espace de \(\mathbb{R}^2\) de dimension 2, on a \(\mathrm{Im}\,f = \mathbb{R}^2\) : \(f\) est surjective.

Exercice 6 : Du caractère injectif au caractère bijectif

Moyen

Soit \(f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^3\) définie par \(f(x,y,z) = (x+y+z,\ x-y+z,\ x+y-z)\).

  1. Montrer que \(f\) est injective en déterminant \(\ker f\).
  2. En déduire, sans calcul supplémentaire, que \(f\) est un automorphisme de \(\mathbb{R}^3\).
Indication

Résolvez directement \(f(x,y,z)=(0,0,0)\). Pour la deuxième question, rappelez-vous le corollaire du théorème du rang valable lorsque l’espace de départ et l’espace d’arrivée ont la même dimension finie.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ \begin{cases} x+y+z = 0 \\ x-y+z = 0 \\ x+y-z = 0 \end{cases} \]

En soustrayant la deuxième équation de la première : \(2y=0 \Rightarrow y=0\). En soustrayant la troisième de la première : \(2z=0 \Rightarrow z=0\). La première équation donne alors \(x=0\). Donc :

\[ \ker f = \{(0,0,0)\} \]

\(f\) est donc injective.

Solution de la question 2 :

L’espace de départ et l’espace d’arrivée sont tous deux égaux à \(\mathbb{R}^3\), de dimension finie 3. Le corollaire du théorème du rang affirme que, dans ce cas, injectivité, surjectivité et bijectivité sont équivalentes. Comme \(f\) est injective, elle est donc bijective : c’est un automorphisme de \(\mathbb{R}^3\).

Écrire la matrice d’une application linéaire dans une base

Représenter une application linéaire par une matrice permet de remplacer des calculs vectoriels par de simples produits matriciels. Les deux exercices suivants traitent ce passage aussi bien dans \(\mathbb{R}^n\) que dans un espace de polynômes.

Exercice 7 : Matrice d’une application linéaire dans les bases canoniques

Moyen

Soit \(f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(f(x,y,z) = (2x-y+z,\ x+3y-2z)\).

  1. Écrire la matrice \(A\) de \(f\) dans les bases canoniques.
  2. Calculer \(f(1,-1,2)\) à l’aide du produit matriciel \(A \cdot X\).
Indication

Les colonnes de \(A\) sont les images par \(f\) des vecteurs de la base canonique \((e_1,e_2,e_3)\). Une fois \(A\) écrite, il suffit d’effectuer le produit \(A\cdot X\) avec \(X\) le vecteur colonne des coordonnées.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ f(e_1)=(2,1), \qquad f(e_2)=(-1,3), \qquad f(e_3)=(1,-2) \]
\[ A = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 1 \\ 1 & 3 & -2 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 2 :
\[ A \cdot \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2\times1+(-1)\times(-1)+1\times2 \\ 1\times1+3\times(-1)+(-2)\times2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 5 \\ -6 \end{pmatrix} \]

On retrouve bien \(f(1,-1,2)=(5,-6)\).

Exercice 8 : Matrice de l’opérateur de dérivation sur \(\mathbb{R}_2[X]\)

Moyen

Soit \(D : \mathbb{R}_2[X] \to \mathbb{R}_2[X]\) défini par \(D(P) = P’\), où \(\mathbb{R}_2[X]\) désigne les polynômes de degré inférieur ou égal à 2.

  1. Justifier que \(D\) est un endomorphisme de \(\mathbb{R}_2[X]\).
  2. Écrire la matrice de \(D\) dans la base canonique \((1,X,X^2)\).
  3. Déterminer \(\ker D\) et interpréter le résultat.
Indication

Calculez l’image de chaque vecteur de base \((1,X,X^2)\) par \(D\), puis exprimez chaque résultat dans cette même base pour former les colonnes de la matrice.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

La dérivée d’un polynôme de degré au plus 2 est un polynôme de degré au plus 1, donc reste dans \(\mathbb{R}_2[X]\). La linéarité de la dérivation est une propriété classique : \(D\) est bien un endomorphisme.

Solution de la question 2 :
\[ D(1)=0, \qquad D(X)=1, \qquad D(X^2)=2X \]
\[ M = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 2 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 3 :

Pour \(P = a+bX+cX^2\), on a \(M\begin{pmatrix}a\\b\\c\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}b\\2c\\0\end{pmatrix}\). Cette image est nulle si et seulement si \(b=0\) et \(c=0\). Donc :

\[ \ker D = \{a : a \in \mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}(1) \]

Seuls les polynômes constants ont une dérivée nulle, ce qui correspond bien à l’intuition.

Changement de base et matrice de passage

Changer de base permet souvent de simplifier la matrice d’une application linéaire, jusqu’à la rendre diagonale. Ces exercices détaillent la construction de la matrice de passage et l’utilisation de la formule \(P^{-1}AP\) pour effectuer un changement de base.

Exercice 9 : Simplifier une matrice par changement de base

Difficile

Soit \(f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2\) dont la matrice dans la base canonique \((e_1,e_2)\) est \(A = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 1 & 3 \end{pmatrix}\). On pose \(a = e_1+e_2\) et \(b = e_1-e_2\).

  1. Montrer que \((a,b)\) est une base de \(\mathbb{R}^2\).
  2. Écrire la matrice de passage \(P\) de la base canonique vers \((a,b)\), et calculer \(P^{-1}\).
  3. Calculer la matrice de \(f\) dans la base \((a,b)\) à l’aide de la formule \(P^{-1}AP\), et commenter le résultat.
Indication

Vérifiez que \(a\) et \(b\) sont non colinéaires pour conclure qu’ils forment une base. Plutôt que de refaire tous les calculs « à la main », appliquez directement la formule de changement de base \(P^{-1}AP\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

\(a=(1,1)\) et \(b=(1,-1)\) ne sont pas colinéaires (le déterminant \(1\times(-1)-1\times1=-2\) est non nul), donc \((a,b)\) est une base de \(\mathbb{R}^2\).

Solution de la question 2 :
\[ P = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}, \qquad P^{-1} = \begin{pmatrix} \frac{1}{2} & \frac{1}{2} \\ \frac{1}{2} & -\frac{1}{2} \end{pmatrix} \]
Solution de la question 3 :

On calcule d’abord \(f(a)\) et \(f(b)\) :

\[ f(a) = A\begin{pmatrix}1\\1\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}4\\4\end{pmatrix} = 4a, \qquad f(b) = A\begin{pmatrix}1\\-1\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}2\\-2\end{pmatrix} = 2b \]

Les vecteurs \(a\) et \(b\) sont donc des vecteurs propres de \(f\), et la matrice de \(f\) dans la base \((a,b)\) est diagonale :

\[ P^{-1}AP = \begin{pmatrix} 4 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} \]

Ce changement de base réalise ici une diagonalisation de \(f\).

Exercice 10 : Changement de base dans l’espace de départ et dans l’espace d’arrivée

Difficile

Soit \(u : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2\) dont la matrice dans les bases canoniques \((e_1,e_2,e_3)\) et \((f_1,f_2)\) est \(A = \begin{pmatrix} 1 & 2 & -1 \\ 2 & -1 & 3 \end{pmatrix}\). On pose :

\[ e_1’=e_1+e_2,\quad e_2’=e_2+e_3,\quad e_3’=e_1+e_3, \qquad f_1’=f_1+f_2,\quad f_2’=f_1-f_2 \]

  1. Montrer que \((e_1′,e_2′,e_3′)\) est une base de \(\mathbb{R}^3\) et que \((f_1′,f_2′)\) est une base de \(\mathbb{R}^2\).
  2. Déterminer la matrice de \(u\) dans ces nouvelles bases.
Indication

Construisez les matrices de passage \(P\) (pour \(\mathbb{R}^3\)) et \(Q\) (pour \(\mathbb{R}^2\)) en plaçant les nouveaux vecteurs en colonnes, vérifiez qu’elles sont inversibles, puis utilisez la formule \(B = Q^{-1}AP\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ P = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 \\ 1 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad \det P = 2 \neq 0 \]
\[ Q = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}, \qquad \det Q = -2 \neq 0 \]

Les deux déterminants sont non nuls, donc \((e_1′,e_2′,e_3′)\) et \((f_1′,f_2′)\) sont bien des bases.

Solution de la question 2 :

On calcule d’abord \(AP\) :

\[ A\,e_1′ = \begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}, \qquad A\,e_2′ = \begin{pmatrix}1\\2\end{pmatrix}, \qquad A\,e_3′ = \begin{pmatrix}0\\5\end{pmatrix} \]

puis on exprime chaque colonne dans la base \((f_1′,f_2′)\) en résolvant \(\alpha f_1′ + \beta f_2′ = (\alpha+\beta,\ \alpha-\beta)\) :

\[ B = Q^{-1}AP = \begin{pmatrix} 2 & \frac{3}{2} & \frac{5}{2} \\ 1 & -\frac{1}{2} & -\frac{5}{2} \end{pmatrix} \]

Injectivité, surjectivité et bijectivité d’une application linéaire

Étudier l’injectivité et la surjectivité d’une application linéaire revient souvent à étudier son noyau et à comparer des dimensions. Ces exercices traitent aussi le cas particulier des automorphismes et le calcul d’une application réciproque.

Exercice 11 : Une application linéaire injective mais non surjective

Moyen

Soit \(f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^3\) définie par \(f(x,y) = (x+y,\ x-y,\ 2x+y)\).

  1. Montrer que \(f\) est injective.
  2. La fonction \(f\) est-elle surjective ? Justifier sans calculer explicitement \(\mathrm{Im}\,f\).
Indication

Pour l’injectivité, résolvez \(\ker f = \{0\}\). Pour la surjectivité, comparez la dimension de l’image — donnée par le théorème du rang — à la dimension de l’espace d’arrivée.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ \begin{cases} x+y=0 \\ x-y=0 \\ 2x+y=0 \end{cases} \]

Des deux premières équations, on tire \(x=0\) et \(y=0\) (la troisième est alors automatiquement vérifiée). Donc \(\ker f=\{0\}\) et \(f\) est injective.

Solution de la question 2 :

Par le théorème du rang, \(\dim \mathrm{Im}\,f = \dim \mathbb{R}^2 – \dim \ker f = 2-0=2\). Or l’espace d’arrivée \(\mathbb{R}^3\) est de dimension 3, donc \(\mathrm{Im}\,f \neq \mathbb{R}^3\) : \(f\) n’est pas surjective.

Exercice 12 : Montrer qu’une application est un automorphisme et calculer sa réciproque

Difficile

Soit \(f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(f(x,y) = (x+y,\ x-y)\).

  1. Justifier que \(f\) est un endomorphisme de \(\mathbb{R}^2\).
  2. Montrer que \(f\) est bijective, c’est-à-dire un automorphisme de \(\mathbb{R}^2\).
  3. Déterminer \(f^{-1}\).
Indication

Étudiez d’abord l’injectivité via le noyau, puis appliquez le corollaire du théorème du rang pour conclure à la bijectivité. Pour trouver \(f^{-1}\), résolvez le système \(f(x,y)=(z,t)\) en exprimant \((x,y)\) en fonction de \((z,t)\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

La linéarité de \(f\) se vérifie immédiatement par développement de \(f(\lambda(x,y)+(x’,y’))\) ; comme \(f\) va de \(\mathbb{R}^2\) dans \(\mathbb{R}^2\), c’est un endomorphisme.

Solution de la question 2 :
\[ \begin{cases} x+y=0 \\ x-y=0 \end{cases} \Rightarrow x=y=0 \]

\(f\) est donc injective. Comme \(\dim \mathbb{R}^2 = \dim \mathbb{R}^2\), le corollaire du théorème du rang donne immédiatement la surjectivité, donc la bijectivité : \(f\) est un automorphisme.

Solution de la question 3 :

On résout \(f(x,y)=(z,t)\), c’est-à-dire \(x+y=z\) et \(x-y=t\). En additionnant puis en soustrayant ces deux équations :

\[ f^{-1}(z,t) = \left( \frac{z+t}{2},\ \frac{z-t}{2} \right) \]

Composition d’applications linéaires et endomorphismes

La composée de deux applications linéaires se traduit par un produit de matrices, dans un ordre qu’il faut respecter. Ces exercices illustrent ce calcul ainsi que la notion d’endomorphisme nilpotent.

Exercice 13 : Somme et composée de deux endomorphismes

Moyen

Soient \(S\) et \(T\) les deux endomorphismes de \(\mathbb{R}^2\) définis par :

\[ S(x,y) = (2x-y,\ -x+3y), \qquad T(x,y) = (x+y,\ 2y) \]

  1. Écrire les matrices de \(S\) et \(T\) dans la base canonique de \(\mathbb{R}^2\).
  2. Calculer les matrices de \(S+T\), \(S\circ T\) et \(T\circ S\).
  3. Que peut-on en conclure sur la commutativité de la composition des applications linéaires ?
Indication

La matrice d’une somme d’applications linéaires est la somme des matrices ; la matrice de la composée \(S\circ T\) s’obtient par le produit matriciel \(\mathrm{Mat}(S)\times \mathrm{Mat}(T)\), dans cet ordre précis.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ \mathrm{Mat}(S) = \begin{pmatrix} 2 & -1 \\ -1 & 3 \end{pmatrix}, \qquad \mathrm{Mat}(T) = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 2 :
\[ \mathrm{Mat}(S+T) = \begin{pmatrix} 3 & 0 \\ -1 & 5 \end{pmatrix} \]
\[ \mathrm{Mat}(S\circ T) = \mathrm{Mat}(S)\,\mathrm{Mat}(T) = \begin{pmatrix} 2 & 0 \\ -1 & 5 \end{pmatrix} \]
\[ \mathrm{Mat}(T\circ S) = \mathrm{Mat}(T)\,\mathrm{Mat}(S) = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ -2 & 6 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 3 :

Comme \(\mathrm{Mat}(S\circ T) \neq \mathrm{Mat}(T\circ S)\), la composition des applications linéaires n’est pas commutative en général.

Exercice 14 : Un endomorphisme nilpotent de \(\mathbb{R}^3\)

Difficile

Soit \(u\) l’endomorphisme de \(\mathbb{R}^3\) défini sur la base canonique \((e_1,e_2,e_3)\) par \(u(e_1)=0\), \(u(e_2)=e_1\), \(u(e_3)=e_2\).

  1. Écrire la matrice \(M\) de \(u\) dans la base canonique.
  2. Calculer \(u\circ u\) et \(u\circ u\circ u\) en raisonnant directement sur les vecteurs de base.
  3. Que peut-on en conclure sur \(u\) ? On dit qu’un tel endomorphisme est nilpotent.
Indication

Plutôt que de multiplier directement les matrices, appliquez \(u\) successivement à chaque vecteur de base : \(u\circ u (e_3) = u(u(e_3)) = u(e_2)\), et ainsi de suite.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ M = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 2 :

On a \(u^2(e_1)=u(0)=0\), \(u^2(e_2)=u(e_1)=0\), \(u^2(e_3)=u(e_2)=e_1\). Donc \(u^2\) n’est pas l’application nulle.

Puis \(u^3(e_1)=0\), \(u^3(e_2)=u(0)=0\), \(u^3(e_3)=u(e_1)=0\). Donc \(u^3\) est l’application nulle.

Solution de la question 3 :

On a \(u^2 \neq 0\) mais \(u^3=0\) : l’endomorphisme \(u\) est nilpotent d’indice 3.

Projecteurs et symétries vectorielles

Les projecteurs et les symétries sont des endomorphismes particuliers, caractérisés par une relation simple (\(p\circ p=p\) ou \(s\circ s=\mathrm{Id}\)). Ces exercices montrent comment identifier ces propriétés et décomposer l’espace en somme directe.

Exercice 15 : Démontrer qu’une application est un projecteur

Difficile

Soit \(p : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(p(x,y) = (x+y,\ 0)\).

  1. Montrer que \(p\) est un projecteur, c’est-à-dire que \(p\circ p = p\).
  2. Déterminer \(\ker p\) et \(\mathrm{Im}\,p\).
  3. Montrer que \(\mathbb{R}^2 = \ker p \oplus \mathrm{Im}\,p\).
Indication

Pour montrer \(p\circ p=p\), calculez \(p\big(p(x,y)\big)\) directement à partir de l’expression de \(p\). Pour la somme directe, vérifiez que l’intersection des deux sous-espaces se réduit à \(\{0\}\) et comparez les dimensions.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ p\big(p(x,y)\big) = p(x+y,\ 0) = \big((x+y)+0,\ 0\big) = (x+y,\ 0) = p(x,y) \]

Donc \(p\circ p = p\) : \(p\) est un projecteur.

Solution de la question 2 :
\[ \ker p = \{(x,y) : x+y=0\} = \mathrm{Vect}\big((1,-1)\big), \qquad \mathrm{Im}\,p = \{(a,0) : a\in\mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}\big((1,0)\big) \]
Solution de la question 3 :

On a \(\dim \ker p + \dim \mathrm{Im}\,p = 1+1=2=\dim \mathbb{R}^2\), et les vecteurs \((1,-1)\) et \((1,0)\) ne sont pas colinéaires, donc \(\ker p \cap \mathrm{Im}\,p = \{0\}\). Ainsi :

\[ \mathbb{R}^2 = \ker p \oplus \mathrm{Im}\,p \]

Exercice 16 : Symétrie vectorielle et sous-espaces propres

Difficile

Soit \(s : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2\) définie par \(s(x,y) = (y,x)\).

  1. Écrire la matrice de \(s\) dans la base canonique.
  2. Montrer que \(s\circ s = \mathrm{Id}\) (\(s\) est une symétrie vectorielle).
  3. Déterminer \(E_+ = \{v : s(v)=v\}\) et \(E_- = \{v : s(v)=-v\}\), puis vérifier que \(\mathbb{R}^2 = E_+ \oplus E_-\).
Indication

Une symétrie vérifie \(s\circ s=\mathrm{Id}\). Pour déterminer \(E_+\) et \(E_-\), résolvez respectivement \(s(x,y)=(x,y)\) et \(s(x,y)=(-x,-y)\).

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :
\[ \mathrm{Mat}(s) = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} \]
Solution de la question 2 :
\[ s\big(s(x,y)\big) = s(y,x) = (x,y) \]

Donc \(s\circ s = \mathrm{Id}\).

Solution de la question 3 :

\(s(x,y)=(x,y)\) équivaut à \(y=x\), donc \(E_+ = \mathrm{Vect}\big((1,1)\big)\). \(s(x,y)=(-x,-y)\) équivaut à \(y=-x\), donc \(E_- = \mathrm{Vect}\big((1,-1)\big)\). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires et leurs dimensions s’additionnent à 2, donc :

\[ \mathbb{R}^2 = E_+ \oplus E_- \]

Applications linéaires sur les espaces de polynômes : niveau concours

Cette dernière section propose un exercice de niveau concours portant sur les applications linéaires définies sur un espace de polynômes, en lien avec l’interpolation et la notion d’isomorphisme.

Exercice 17 : Un isomorphisme entre \(\mathbb{R}_2[X]\) et \(\mathbb{R}^3\) par évaluation

Difficile

Soit \(\varphi : \mathbb{R}_2[X] \to \mathbb{R}^3\) définie par \(\varphi(P) = \big(P(0),\ P(1),\ P(2)\big)\), où \(\mathbb{R}_2[X]\) désigne les polynômes de degré inférieur ou égal à 2.

  1. Montrer que \(\varphi\) est linéaire.
  2. Montrer que \(\varphi\) est injective.
  3. En déduire, sans calcul supplémentaire, que \(\varphi\) est un isomorphisme entre \(\mathbb{R}_2[X]\) et \(\mathbb{R}^3\).
Indication

Pour l’injectivité, rappelez-vous qu’un polynôme non nul de degré au plus 2 possède au plus deux racines distinctes. Pour la conclusion, invoquez le corollaire du théorème du rang valable en dimension finie égale.

Voir le corrigé
Solution de la question 1 :

Pour \(P,Q \in \mathbb{R}_2[X]\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\) :

\[ \varphi(P+\lambda Q) = \big((P+\lambda Q)(0),(P+\lambda Q)(1),(P+\lambda Q)(2)\big) = \varphi(P) + \lambda\varphi(Q) \]

car l’évaluation en un point fixé est linéaire. Donc \(\varphi\) est linéaire.

Solution de la question 2 :

Si \(\varphi(P)=(0,0,0)\), alors \(P(0)=P(1)=P(2)=0\) : \(P\) admet trois racines distinctes. Or un polynôme non nul de degré au plus 2 possède au plus deux racines, donc \(P=0\). Ainsi \(\ker \varphi = \{0\}\) : \(\varphi\) est injective.

Solution de la question 3 :

Les espaces \(\mathbb{R}_2[X]\) et \(\mathbb{R}^3\) sont tous deux de dimension finie égale à 3. D’après le corollaire du théorème du rang, une application linéaire injective entre deux espaces de même dimension finie est automatiquement bijective. Donc \(\varphi\) est un isomorphisme : tout triplet de \(\mathbb{R}^3\) correspond à un unique polynôme de \(\mathbb{R}_2[X]\) prenant ces valeurs en \(0\), \(1\) et \(2\).