Arithmétique dans Z : Cours complet, PGCD, Bézout et Gauss

L'arithmétique dans Z est l'étude des propriétés de divisibilité, de congruence et de décomposition des entiers relatifs. C'est l'un des chapitres fondateurs des mathématiques : il est au cœur de la cryptographie moderne (RSA), des codes de vérification (ISBN, IBAN) et de nombreux résultats d'algèbre. Maîtriser l'arithmétique dans Z, c'est comprendre la structure profonde des nombres entiers - comment ils se divisent, comment ils se combinent, et pourquoi certains, les nombres premiers, sont irréductibles.

Ce cours couvre l'intégralité du programme de lycée (Terminale Maths Expertes) et de première année de classe préparatoire (MPSI/PCSI) : divisibilité, division euclidienne, PGCD et algorithme d'Euclide, théorème de Bézout, entiers premiers entre eux, théorème de Gauss, PPCM, nombres premiers, et congruences modulo nn.

L’ensemble ℤ et la relation de divisibilité

Définition de l’ensemble ℤ

L'ensemble des entiers relatifs, noté Z\mathbb{Z}, est l'ensemble :

Z={,3,2,1,0,1,2,3,}\mathbb{Z} = \{\ldots, -3,\, -2,\, -1,\, 0,\, 1,\, 2,\, 3, \ldots\}

La lettre Z\mathbb{Z} vient de l'allemand Zahlen, qui signifie simplement « nombres ». On a l'inclusion NZQR\mathbb{N} \subset \mathbb{Z} \subset \mathbb{Q} \subset \mathbb{R}. Tout entier naturel est un entier relatif, mais l'inverse est faux : 5Z-5 \in \mathbb{Z} mais 5N-5 \notin \mathbb{N}.

Définition de la divisibilité dans ℤ

Soient a,bZa, b \in \mathbb{Z} avec b0b \neq 0. On dit que bb divise aa, et on note bab \mid a, s'il existe un entier kZk \in \mathbb{Z} tel que :

a=b×ka = b \times k

On dit aussi que aa est un multiple de bb, ou que bb est un diviseur de aa.

Exemples : 3123 \mid 12 car 12=3×412 = 3 \times 4. De même 312-3 \mid 12 car 12=(3)×(4)12 = (-3) \times (-4). En revanche, 5135 \nmid 13 car il n'existe aucun entier kk tel que 13=5k13 = 5k.

Propriétés fondamentales de la divisibilité

Soient a,b,cZa, b, c \in \mathbb{Z}. La relation de divisibilité vérifie :

  • Réflexivité : aaa \mid a (car a=a×1a = a \times 1).
  • Transitivité : Si aba \mid b et bcb \mid c, alors aca \mid c.
  • Linéarité : Si aba \mid b et aca \mid c, alors pour tous α,βZ\alpha, \beta \in \mathbb{Z} :
    a(αb+βc)a \mid (\alpha b + \beta c)
  • Majoration : Si aba \mid b et b0b \neq 0, alors ab|a| \leq |b|.
  • Antisymétrie : Si aba \mid b et bab \mid a, alors a=b|a| = |b|, c'est-à-dire a=ba = b ou a=ba = -b.

La propriété de linéarité est la plus utilisée en exercice : si aa divise deux entiers bb et cc, il divise toute combinaison linéaire entière de bb et cc. C'est le cœur de nombreuses démonstrations.

La division euclidienne dans ℤ

Énoncé du théorème

Théorème (Division euclidienne) : Soient aZa \in \mathbb{Z} et bNb \in \mathbb{N}^*. Il existe un unique couple (q,r)Z×N(q, r) \in \mathbb{Z} \times \mathbb{N} tel que :

a=bq+ravec0r<ba = bq + r \quad \text{avec} \quad 0 \leq r < b

qq est appelé le quotient et rr le reste de la division euclidienne de aa par bb.

Explication intuitive

Diviser aa par bb, c'est « remplir » autant de fois que possible un paquet de taille bb avec les éléments de aa, et regarder ce qui reste. Le reste est toujours strictement inférieur à bb : c'est la condition clé qui assure l'unicité. Si r=0r = 0, alors bab \mid a.

Exemple détaillé

Calculons la division euclidienne de a=17a = -17 par b=5b = 5 :

17=5×(4)+3car03<5-17 = 5 \times (-4) + 3 \quad \text{car} \quad 0 \leq 3 < 5
Attention : on ne peut pas écrire 17=5×(3)+(2)-17 = 5 \times (-3) + (-2), car le reste 2-2 est négatif ; ce n'est pas une division euclidienne valide.

PGCD et algorithme d’Euclide dans ℤ

Définition du PGCD

Soient a,bZa, b \in \mathbb{Z}, non tous deux nuls. Le plus grand commun diviseur (PGCD) de aa et bb, noté pgcd(a,b)\operatorname{pgcd}(a,b) ou aba \wedge b, est le plus grand entier positif qui divise à la fois aa et bb.

Par convention, pgcd(0,0)=0\operatorname{pgcd}(0, 0) = 0.

Théorème : Algorithme d’Euclide

Théorème : Soient a,bZa, b \in \mathbb{Z} avec b0b \neq 0. Si rr est le reste de la division euclidienne de aa par bb, alors :

pgcd(a,b)=pgcd(b,r)\operatorname{pgcd}(a, b) = \operatorname{pgcd}(b, r)

Comment appliquer l’algorithme d’Euclide (exemple pas à pas)

Calculons pgcd(252,84)\operatorname{pgcd}(252, 84) :

252=84×3+0\begin{align*} 252 &= 84 \times 3 + 0 \end{align*}

Le reste est 00 dès la première étape, donc pgcd(252,84)=84\operatorname{pgcd}(252, 84) = 84.

Calculons maintenant pgcd(600,124)\operatorname{pgcd}(600, 124) :

600=124×4+104124=104×1+20104=20×5+420=4×5+0\begin{align*} 600 &= 124 \times 4 + 104 \\ 124 &= 104 \times 1 + 20 \\ 104 &= 20 \times 5 + 4 \\ 20 &= 4 \times 5 + 0 \end{align*}

Le dernier reste non nul est 44, donc pgcd(600,124)=4\operatorname{pgcd}(600, 124) = 4.

Explication intuitive de l’algorithme d’Euclide

L'algorithme repose sur une idée simple : tout diviseur commun de aa et bb divise également le reste r=abqr = a - bq. Donc l'ensemble des diviseurs communs de (a,b)(a, b) est exactement le même que celui de (b,r)(b, r). On remplace ainsi le problème par un problème équivalent mais plus petit, jusqu'à tomber sur un reste nul.

Théorème de Bézout et entiers premiers entre eux

Définition : entiers premiers entre eux

Deux entiers aa et bb sont dits premiers entre eux (ou copremiers) si pgcd(a,b)=1\operatorname{pgcd}(a, b) = 1.

Exemples : pgcd(8,15)=1\operatorname{pgcd}(8, 15) = 1, donc 88 et 1515 sont premiers entre eux. En revanche, pgcd(6,9)=31\operatorname{pgcd}(6, 9) = 3 \neq 1.

Théorème de Bézout

Théorème de Bézout : Soient a,bZa, b \in \mathbb{Z}, non tous deux nuls. Il existe des entiers u,vZu, v \in \mathbb{Z} tels que :

au+bv=pgcd(a,b)au + bv = \operatorname{pgcd}(a, b)

En particulier :

pgcd(a,b)=1    u,vZ,au+bv=1\operatorname{pgcd}(a, b) = 1 \iff \exists\, u, v \in \mathbb{Z},\quad au + bv = 1

Preuve de la relation de Bézout via l’algorithme d’Euclide (remontée)

La démonstration consiste à remonter les étapes de l'algorithme d'Euclide pour exprimer le PGCD comme combinaison linéaire de aa et bb. Reprenons l'exemple pgcd(600,124)=4\operatorname{pgcd}(600, 124) = 4 :

4=10420×5=104(124104×1)×5=104×6124×5=(600124×4)×6124×5=600×6124×29\begin{align*} 4 &= 104 - 20 \times 5 \\ &= 104 - (124 - 104 \times 1) \times 5 \\ &= 104 \times 6 - 124 \times 5 \\ &= (600 - 124 \times 4) \times 6 - 124 \times 5 \\ &= 600 \times 6 - 124 \times 29 \end{align*}

Donc 600×6+124×(29)=4=pgcd(600,124)600 \times 6 + 124 \times (-29) = 4 = \operatorname{pgcd}(600, 124). Un couple de Bézout est (u,v)=(6,29)(u, v) = (6, -29).

Attention : ce couple n'est pas unique.

Corollaire important

Si pgcd(a,b)=d\operatorname{pgcd}(a, b) = d, a=a/da' = a/d, b=b/db' = b/d, alors pgcd(a,b)=1\operatorname{pgcd}(a', b') = 1. En divisant par le PGCD, on rend deux entiers premiers entre eux.

Théorème de Gauss

Énoncé

Théorème de Gauss : Soient a,b,cZa, b, c \in \mathbb{Z}. Si abca \mid bc et pgcd(a,b)=1\operatorname{pgcd}(a, b) = 1, alors :

aca \mid c

Explication intuitive

Si aa divise le produit bcbc mais ne « partage aucun facteur » avec bb (puisque pgcd(a,b)=1\operatorname{pgcd}(a,b)=1), alors tous les facteurs de aa doivent forcément se trouver dans cc. C'est l'image d'une « pression » qui ne peut s'exercer que sur cc.

Démonstration

Puisque pgcd(a,b)=1\operatorname{pgcd}(a, b) = 1, par Bézout il existe u,vZu, v \in \mathbb{Z} tels que au+bv=1au + bv = 1. En multipliant les deux membres par cc :

auc+bvc=cauc + bvc = c

Or aauca \mid auc (trivial) et abca \mid bc (hypothèse), donc abvca \mid bvc. Par linéarité, a(auc+bvc)=ca \mid (auc + bvc) = c.

Application classique : simplification dans une fraction

Supposons que pq\dfrac{p}{q} est irréductible, c'est-à-dire pgcd(p,q)=1\operatorname{pgcd}(p, q) = 1. Si qnpq \mid np pour un certain entier nn, le théorème de Gauss assure que qnq \mid n. C'est le fondement de la preuve que 2\sqrt{2} est irrationnel.

PPCM dans ℤ

Définition

Soient a,bZa, b \in \mathbb{Z}^*. Le plus petit commun multiple (PPCM) de aa et bb, noté ppcm(a,b)\text{ppcm}(a,b) ou aba \vee b, est le plus petit entier strictement positif divisible à la fois par aa et par bb.

Relation fondamentale PGCD-PPCM

Pour tous a,bZa, b \in \mathbb{Z}^* :

ab=pgcd(a,b)×ppcm(a,b)|ab| = \operatorname{pgcd}(a,b) \times \text{ppcm}(a,b)

Cette formule est très pratique : pour calculer le PPCM, il suffit de calculer le PGCD (par Euclide), puis de diviser ab|ab| par ce PGCD.

Exemple : a=12a = 12, b=18b = 18. pgcd(12,18)=6\operatorname{pgcd}(12, 18) = 6. Donc ppcm(12,18)=12×186=36\text{ppcm}(12, 18) = \dfrac{12 \times 18}{6} = 36.

Nombres premiers et décomposition en facteurs premiers

Définition d’un nombre premier

Un entier naturel p2p \geq 2 est dit premier s'il possède exactement deux diviseurs positifs : 11 et lui-même.

Les premiers nombres premiers sont : 2,3,5,7,11,13,17,19,23,29,2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, \ldots

Remarque : 11 n'est pas un nombre premier (il n'a qu'un seul diviseur positif).

Infinité des nombres premiers (preuve d’Euclide)

Théorème : Il existe une infinité de nombres premiers.

Preuve (par l'absurde) : Supposons qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers p1,p2,,pnp_1, p_2, \ldots, p_n. Considérons l'entier :

N=p1×p2××pn+1N = p_1 \times p_2 \times \cdots \times p_n + 1

N2N \geq 2, donc NN admet un diviseur premier qq. Ce qq doit figurer dans la liste {p1,,pn}\{p_1, \ldots, p_n\}. Mais alors qq divise p1pnp_1 \cdots p_n, donc qq divise Np1pn=1N - p_1 \cdots p_n = 1 : impossible. Contradiction.

Théorème fondamental de l’arithmétique

Tout entier n2n \geq 2 s'écrit de manière unique (à l'ordre des facteurs près) comme produit de facteurs premiers :

n=p1α1×p2α2××pkαkn = p_1^{\alpha_1} \times p_2^{\alpha_2} \times \cdots \times p_k^{\alpha_k}

p1<p2<<pkp_1 < p_2 < \cdots < p_k sont des nombres premiers et αiN\alpha_i \in \mathbb{N}^*.

Exemple : 360=23×32×5360 = 2^3 \times 3^2 \times 5. Et 756=22×33×7756 = 2^2 \times 3^3 \times 7. Donc :

pgcd(360,756)=2min(3,2)×3min(2,3)=22×32=36\operatorname{pgcd}(360, 756) = 2^{\min(3,2)} \times 3^{\min(2,3)} = 2^2 \times 3^2 = 36
ppcm(360,756)=2max(3,2)×3max(2,3)×5×7=23×33×5×7=7560\text{ppcm}(360, 756) = 2^{\max(3,2)} \times 3^{\max(2,3)} \times 5 \times 7 = 2^3 \times 3^3 \times 5 \times 7 = 7560

Congruences modulo n dans ℤ

Définition

Soit nNn \in \mathbb{N}^*, n2n \geq 2. On dit que deux entiers aa et bb sont congrus modulo nn, et on note ab(modn)a \equiv b \pmod{n}, si n(ab)n \mid (a - b), c'est-à-dire s'il existe kZk \in \mathbb{Z} tel que :

ab=kna - b = kn

De façon équivalente, ab(modn)a \equiv b \pmod{n} si et seulement si aa et bb ont le même reste dans la division euclidienne par nn.

Propriétés des congruences

La congruence modulo nn est une relation d'équivalence (réflexive, symétrique, transitive). De plus, elle est compatible avec les opérations arithmétiques :

Si ab(modn)a \equiv b \pmod{n} et cd(modn)c \equiv d \pmod{n}, alors :

  • Addition : a+cb+d(modn)a + c \equiv b + d \pmod{n}
  • Multiplication : acbd(modn)ac \equiv bd \pmod{n}
  • Puissance : akbk(modn)a^k \equiv b^k \pmod{n} pour tout kNk \in \mathbb{N}

Explication intuitive : l’horloge comme modèle

Les congruences fonctionnent comme une horloge. Sur une horloge à 12 heures, 142(mod12)14 \equiv 2 \pmod{12} : 14h et 2h correspondent à la même position de l'aiguille. De même, 251(mod12)25 \equiv 1 \pmod{12}. Les congruences permettent de « raisonner en cycles ».

Exemple d’application : reste d’une puissance

Calculons le reste de 31003^{100} dans la division euclidienne par 77.

On cherche d'abord le cycle des puissances de 33 modulo 77 :

313(mod7)322(mod7)336(mod7)344(mod7)355(mod7)361(mod7)\begin{align*} 3^1 &\equiv 3 \pmod{7} \\ 3^2 &\equiv 2 \pmod{7} \\ 3^3 &\equiv 6 \pmod{7} \\ 3^4 &\equiv 4 \pmod{7} \\ 3^5 &\equiv 5 \pmod{7} \\ 3^6 &\equiv 1 \pmod{7} \end{align*}

Le cycle est de longueur 66. Or 100=6×16+4100 = 6 \times 16 + 4, donc :

3100=(36)16×34116×44(mod7)3^{100} = (3^6)^{16} \times 3^4 \equiv 1^{16} \times 4 \equiv 4 \pmod{7}

Le reste est 44.

Conclusion : ce qu’il faut retenir sur l’arithmétique dans ℤ

L'arithmétique dans Z repose sur quelques piliers solidement liés entre eux. La division euclidienne est le point de départ : elle permet de définir le PGCD et de le calculer efficacement via l'algorithme d'Euclide. Le théorème de Bézout donne une caractérisation algébrique des entiers premiers entre eux et permet de résoudre les équations diophantiennes. Le théorème de Gauss est l'outil clé pour les raisonnements de divisibilité lorsque deux entiers sont premiers entre eux. Enfin, les congruences modulo nn fournissent un cadre élégant et puissant pour calculer des restes, notamment dans les grandes puissances. Tous ces outils sont indispensables en prépa et constituent le socle de la théorie des nombres.

Pour approfondir :